Pascale Clark : "Je pense que mon rôle est de critiquer !"
INTERVIEW-MEDIAS Mardi, 15h, Canal+, un bureau du troisième étage. Pascale Clark, journaliste à la voix de velours, est prête à nous répondre. Un dernier petit coup d'oeil sur le journal, posé sur le bureau, et c'est parti !
Pendant plusieurs années, vous avez fait de la radio (Ndrl « Tam, tam…etc »sur Inter, « On refait le monde » sur RTL). Pourquoi vous avez arrêté ?
J’ai arrêté la radio l’an dernier car on me proposait « En Aparté », en direct, et ce n’était pas possible de tout faire en même temps, même si j’avais voulu continuer.
Depuis 2001, vous présentez une émission sur Canal+ « En Aparté », sans que les téléspectateurs vous voient. Depuis l’année dernière, elle est en direct. On va commencer par la fin pourquoi l’émission s’est arrêtée ?
Ce n’est pas ma décision, c’est la direction qui a décidé ! L’argument officiel, c’est « pas assez d’audience ».
Vous avez un certain franc parler. Voulez vous nous dire que cela pourrait être de la censure ?
C’est quoi la censure ? Mon franc parler n’est pas nouveau, mais on ne peut pas dire qu’il y a censure ! Il faut la trouver la censure et d’autre part, si c’était le cas, pourquoi m’ont-ils proposé une autre émission ? Même si c’est commode, je ne crie pas à la censure, il faut des preuves !
Pourtant vous déranger un peu des fois, non ?
Ce n’est pas mon problème, je fais les choses comme je les sens. Jamais un dirigeant est venu pour me voir pour me prévenir.
Est-ce que certains invités refusaient de venir dans votre émission de peur de vous affronter ?
Oui, certains ont refusé mais pas spécialement par peur, il y a diverses raisons. Il y en a qui n’aiment pas parler d’eux même si ce n’est pas une émission très voyeuse, c’était un peu personnel. Et puis, il n’y a pas de problèmes, on n’est pas obligé de venir dans une émission !
Qui sont les personnes que vous auriez absolument voulu avoir en interview ?
Bien sur. Comme Zinedine Zidane, Nelson Mandela, Catherine Ringer, il y en a beaucoup !
Pendant les présidentielles, tous les candidats sont venus sauf un seul, Nicolas Sarkozy, pourquoi ?
Je ne sais pas, il n’a jamais voulu venir, en même temps ce jour là c’était François Fillon, c’est pas mal non plus ! Sarkozy, il n’a jamais voulu et je ne connais pas la raison ! D’ailleurs, souvent ils disent « oui », mais ne donnent pas de dates.
Vous auriez voulu l’interviewer ?
Oui, tant qu’à faire, ça aurait été très compliqué, mais j’ai bien fait Le Pen. Cela aurait été différemment compliqué.
Les deux interviews De Villiers et Le Pen, lors des présidentielles, ont été très critiquées sur le Net ou dans les médias. On dit vous leur avez mal parlé, que vous aviez pris parti !
Critiquer évidemment, le Net avait été infesté par les Pro-FN donc j’ai été insulté de tous les noms comme « Salope », si c’est ça la critique, traiter quelqu’un de « salope » ! Je trouve que c’est un compliment venant du FN. Après je ne dis pas que j’ai réussi cette interview …
C’est une défaite pour vous ?
Non pas du tout. Ce n’était pas une défaite, mais ce n’était pas mon choix, j’ai jamais voulu interviewer Jean Marie Le Pen justement parce que je ne savais pas, je pensais ne pas savoir faire. Puis, s'il n’y avait pas Le Pen, il n’y avait aucun candidat ! Et il y a un moment où faut y aller ! En même temps, ce que je voyais, c'est-à-dire Le Pen traité comme les autres, ça ne me satisfaisait pas ! J’ai tenté autre chose. Je dis pas que j’ai réussi, je dis pas que c’est un succès, je n’en sais rien. Mais en tout cas je pense qu’il été déstabilisé, et je pense que c’est pas si mal, il est apparut comme ce qu’il est vraiment, c'est-à-dire très vieux !
L’émission s’est arrêtée le 29 Juin 2007 avec cette grande fête et des dizaines d’invités. Vous vous sentiez comment ce jour là ?
C’est compliqué. Toutes les dernières sont particulières, sauf qu’habituellement je les choisissais mes dernières (rires), mais là on n’a pas eu de fin ! Donc c’était un peu douloureux.
Vous regardez l’émission de Samuel Etienne qui vous remplace ?
Non, c’est le problème du midi personne ne regarde !
Mais il fait tout de même 570 000 téléspectateur en moyenne, c’est plus qu’ « En Aparté » !
Non, absolument pas.
Vous nous dites alors que ce n’est pas un problème d’audience ! C’est un autre problème ?
Je remarque simplement qu’on nous arrête parce que la moyenne de reconduction des émission c’est 4 %. Par ailleurs, j’avais fais remarquer que les très bons actuel, comme "le Grand Journal" ou "La Matinale" avait eu des premières saisons catastrophiques, et que c’était pas notre cas ! Maintenant je suis passée à autre chose, mais qu’on ne me dise pas que l’audience est le critère, parce que c’est pas vrai !
L’émission peut elle reprendre ?
J’en sais rien. Moi je pense que c’est une émission qui est sans fin.
Vous avez maintenant un nouveau rendez vous sur la même chaîne le samedi à 13h45, cette émission vous la prenez comment ?
Je l’aime bien, même si on a mit un peu de temps à la trouver, et quelle est plus compliqué que prévue à faire.
En plus vous avez trouvé votre public !
Oui, sans tambours ni trompettes, ça s’appelle le bouche à oreille. On peut pas dire que l’on soit tellement mi en avant … Aucune pubs à l'antenne !
On se plaint de la durée trop courte pour parler de trois sujets d’actualité à développer !
Oui nous aussi on le dit, c’est évidemment ! On leur dit depuis le début.
Et pourquoi pas prendre un sujet et bien le développer ?
Ce n’est pas le sujet, on parle du temps appartit ! Après, si il n’y a qu’un sujet, on dira " il n'y a pas assez de rythme" ! Je ne réclame pas une heure en plus, simplement quinze voir dix minutes de plus, ça suffirait ! On nous reproche des choses qui ne sont pas de notre faute !
Dans vos débats, vos humeurs, vous critiquez souvent !
Moi je critique quoi ? Je ne critique pas la politique, je suis devant un film, je suis devant cette société spectacle.
Et il est bien ce film ?
Il est chargé, nous sommes à la saison une et je me demande comment va être la saison cinq ! On est tellement dans la surenchère donc moi j’estime que mon rôle quelque soit les gens au pouvoir, c’est de les critiquer ! Quand je faisais la revue de presse, sur Inter, c’était Jospin qui était premier ministre, et qu’on me dise pas que je suis une journaliste de gauche, on n’a qu’à réécouté les revues de presse de l’époque. Je pense que mon rôle est de critiquer le pouvoir.
Vous dites que certains journalistes ne font pas bien leur travail ?
C’est très schématique de dire les journalistes, les machins, « il y en a qui … ». On me dit « A vous êtes une journaliste de gauche, vous ! », je ne suis pas d’accord ! Et quand bien même si c’était le cas, il y en a pleins qui sont de droite, qui sont en place et on leur dit rien, c’est normal !
En journalisme qui sont vos modèles, vos exemples ?
J'en ai pas tellement. Quand j’ai voulu faire ce métier je me suis jamais dis « je voudrai faire comme … », je me suis jamais dit je vais présenter le 20h comme Poivre ou Marie Drucker.
Vous auriez voulu présenter le 20h ?
Jamais de la vie, donc du coup je n’ai pas de rêves incarnés. Par contre, dans la pratique de ma profession, j’ai rencontré des gens avec qui j’ai bien aimé travailler mais pas tant que ça d’ailleurs (rires). Si j’ai une admiration aujourd’hui c’est pour Jean Luc Hess.
On peut, pour finir, décrypter un peu l’actualité comme vous faites chaque semaine. Comment voyez-vous la France aujourd’hui ?
C’est très difficile comme question ! Jusqu’à présent l’état de la France je m’en foutais, j’ai jamais eu cette fibre là, le chant, le patriotisme, le drapeau, ça ne me parle pas du tout. Je me sens éventuellement européenne, citoyenne du Monde. Sauf que là, parfois, j’ai un peu honte d’être française.
Pourquoi ?
Parce que je trouve que l’on est mal représenté ! Là encore c’est pas politique ce que je dis, mais la vulgarité et ce côté ostentatoire, « Bling-Bling », c’est tout ce que je déteste !
Et que pensez de cette politique ?
C’est lui (Nicolas Sarkozy) qui me dérange plus que sa politique à la rigueur ! La politique je ne la vois pas !
Et la gauche, l’opposition ?
Je ne sais pas ce que c’est !
Vous évoquez souvent les primaires américaines, vous êtes plutôt Obama ou Clinton ?
Plutôt Obama, comme la majorité des français. Pardon de ne pas être originale !
Est-ce que les gens dans la rue vous reconnaissent ?
Heureusement que non, des fois à cause de la voix ça peut arriver ! Ils me disent, « Ah, vous êtes comme sa ! »
Vous avez écrit un roman, à paraître début Avril, il parle de quoi ?
Une histoire d’amour sous Sarkozy !
Propos recueillis par Meklat Mehdi
Photo : Elle déteste ls flashs, "La Bling-Bling attitude" c'est pas son truc ! Pour nous, elle a fait un effort, elle a même tenté de se recoiffer, ce qui n'est pas gagné ! Assise à son bureau, nous pouvions apercevoir Bernard Henri Levy, en arrière plan, "Oh non, pas lui, on va plutot de se mettre là-bas !". C'est ainsi que nous pouvons retrouver, Pascale Clark, entourée du regretté Chirac collé à Laporte, de la belle Ségolène au côté Sarkozy (ex-première dame). Enfin, Pascale cache Martinon ! C'est vraiment mieux que BHL ? Merci encore pour le sourire !