"Wozzeck" à la Bastille, la liberté de créer !
OPERA-CRITIQUE (2/2) Avant de commencer la critique de Wozzeck, il convient de rappeler l’intrigue de cette œuvre. Wozzeck est l’histoire de la descente aux enfers d’un jeune soldat, Franz Wozzeck, il est insulté, utilisé, fou et si ça ne suffisait pas, il est cocu ! Sa petite amie, Marie, ancienne péripatéticienne, le trompe à plusieurs reprises. Mais ce dernier supporte, jusqu’au jour où pris dans un vent de folie meurtrière, il tue la jeune femme en guise de vengeance. Le dénouement est des plus dramatiques, il meurt après un accident malheureux. Il essaye d’effacer les preuves en lançant l’arme du crime dans un lac et il se noie. Nous n’allons pas rentrer dans les circonstances dans lesquels ont été écrit l’opéra, ce serait long, passons à ma critique.
Je vous avouerai que j’ai été subjugué par cette représentation, attendez vous à un tonnerre d’éloge ! S’il y avait un seul mot que je pourrais utiliser, ce serait le mot « liberté ». Pourquoi ? Multiples raisons. Tout d’abord, je m’attendais à un décor des plus classiques mais dès le levé de rideau, je me suis demandé si j’étais au « Flunch de St-Brice ». Mais trêve de plaisanterie, les murs jaunâtres, les chaises en plastoc, les tables du même acabit, tout était comme dans n’importe quel salon de thé du vingt et unième siècle. Et la cerise sur le gâteau, c’est le petit parc pour enfant que nous pouvions apercevoir à l’arrière plan et que nous pourrions trouver dans n’importe quel Mc-Donald. Mais pourquoi tant de description ? C’est seulement pour vous parler la « liberté » que j’abordais plus haut. C’est sur que le fait d’installer un décor de notre époque dans un opéra qui est censé se passer plusieurs dizaines d’années auparavant est une prise de liberté incroyable.
L’autre marque de liberté est dans le fait qu’un moment alors qu’une scène importante est lancée, nous distinguons, à l’arrière plan, dans le parc pour enfants avec toboggans multicolores, des enfants qui dansent. Un danse, inexistante à l’époque de Berg et qui est connue de tous les jeunes, c’est la tektonik ! Comment ne pas être impressionné en voyant un opéra, l’orchestre et tout ce qui va avec, et en même temps de la danse électro qu’à cela ne tienne, nous appellerons cela la « tektopéranik » ! Il y a un même un homme à crête ce qui rajoute un peu d’humour dans un opéra très dur. Toutes ces petites références à la culture actuelle m’ont permis de mieux apprécier Wozzeck.
Venons en maintenant au jeu des acteurs et à leurs performances vocales. Je pense qu’à la fois dans la voix et dans l’expression scénique, ils ont été irréprochables, mention spéciale à Marie qui passait d’une voix pure et claire, à une voix pleine de douleur et de mal cela crée un effet très réussi. Leurs jeux corporels étaient pareillement magnifiques, ça bougeait ils avaient des gestes plus humains, moins rigide que dans la Traviata (qui est d’ailleurs du même metteur en scène dans sa nouvelle version).
En somme, pour moi la nouvelle version de Wozzeck est tout simplement magnifique, acteurs parfaits, décors et vêtements hérités d’un pari audacieux mais réussi de rajeunir ce classique. Enfin, quelque chose de très important, la musique. Nous ne savons jamais où elle va, elle est stressante, il n’ y a aucune mélodie mais il faut dire qu’elle va très bien avec l’ambiance et la mentalité de chaque personnage, d’ailleurs ces derniers sont très recherchés, du tambour major au docteur sadique en passant par Wozzeck et Marie, chacun a sa personnalité et est très important dans l’intrigue.
Vous l’aurez compris j’ai aimé Wozzeck et je suis très subjectif mais bon, ou chercher l’objectivité la où je ne peux pas en trouver ? Sur cette question je vous quitte mais je reviendrai !
Yannis HAMI